Jeunes et tabagisme : la responsabilité des buralistes en question

Jeunes et tabagisme : la responsabilité des buralistes en question
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L'étude Paris sans tabac, dirigée par Bertrand Dautzenberg et dont nous parlions dans notre billet sur les jeunes et la cigarette électronique, établit un constat alarmant : les mineurs n'ont aucune difficulté à acheter des cigarettes et du tabac, et même leurs e-cig viennent de chez les buralistes. Le point sur la question. 

72% des collégiens achètent leur tabac chez les buralistes !

S'il ne fallait retenir qu'un seul chiffre de cette étude, c'est celui-ci : 72% des collégiens fumeurs se fournissent directement, et sans aucune difficulté, chez les buralistes. Pour les lycéens, ils sont 94% !

En outre, comme le rappelle l'Association Nationale de Prévention en Alcoologie et Addictologie (ANPAA) suite à une enquête du Comité National contre le Tabagisme, 62% des buralistes sont en infraction ! Seuls 8% d'entre eux demandent des pièces d'identité en cas de doute, 26% demandent l'âge de leurs clients, toujours en cas de doute. Evidemment, il faut compter sur la bonne foi de ces mineurs qui cherchent à s'intoxiquer...

E-cigarette : même constat

L'étude de Paris sans tabac s'intéressant également à la relation des jeunes au vaporisateur personnel, les enquêteurs se sont donc renseigné sur le lieu d'achat des cigarettes électroniques. Le constat est encore une fois accablant : 41% des 12-17 ans se fournissent dans les bureaux de tabac... et tous admettent avoir beaucoup plus de difficultés à se fournir en boutiques spécialisées, comme le rappelle cet article publié sur le site d'Europe1.

Le problème, c'est que la vente de cigarettes électroniques est interdite aux mineurs, au même titre que la vente de tabac.

300 millions d'euros pour financer la fraude

On peut donc décemment s'interroger, avec la Cour des Comptes (PDF à télécharger), sur la légitimité des 300 millions d'euros versés chaque année aux buralistes, sans qu'aucun contrôle soit effectué par l'Etat pour s'assurer que ces bénéficiaires de l'argent public appliquent correctement la loi anti-tabac !

Car, comme nous le rappelions dans notre article "Etat, tabac, e-cigarette et argent : une équation qui pose question", l'Etat français est particulièrement généreux avec ses buralistes.

Un laxisme douteux

Allons plus loin. Si jamais un buraliste se faisait prendre à vendre du tabac à un mineur, quel que soit son âge, il risquerait... 135 euros d'amende ! Or, on le sait, de nombreuses études l'ont déjà démontré, il suffirait à un adolescent de 4 cigarettes pour devenir dépendant. Ajoutons à cela qu'un fumeur sur deux mourra prématurément à cause du tabagisme et on peut avancer sans peine que la vente de tabac à des mineurs est tout simplement criminelle. Mais non, 135€ d'amende. Un coup de règle sur les doigts en somme...

C'est d'ailleurs ce que déplore Yves Martinet, professeur et président du Comité National contre le Tabagisme, cité dans cet article publié sur le site RMC-BFMTV, qui demande que les pouvoirs publics soient plus fermes et condamnent les buralistes fraudeurs à une fermeture administrative de 8 jours pour leur apprendre la loi.

Mais pour cela, encore faut-il que les buralistes soient contrôlés...

Malheureusement, comme ces études tombent en même temps que l'ouvrage du journaliste Marc Lomazzi, Comment la mafia du tabac nous manipule, et après L'Etat accroc au tabac d'un autre journaliste, Matthieu Pechberty, on ne s'interroge plus trop sur ce laxisme français concernant les buralistes...

Enfin, pour enfoncer le clou, rappelons une des informations du livre de Marc Lomazzi, confirmée par le témoignage d'un commercial au micro d'Europe1 : les industriels du tabac donnent des pots de vin colossaux aux buralistes installés près des collèges et des lycées pour installer des publicités illégales dans leurs points de vente. No comment.

Sur ce, bonne vape !

 

 

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