Danger e-liquides : nouvelle intox ou info ?
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Face au déferlement de titres tapageurs que vous n’avez pas pu manquer cette semaine, chez Ciga, nous avons décidé de lire l’étude dans son intégralité (Si, si : et on peut vous assurer que c’était du boulot de lire l’article scientifique en anglais de bout en bout…) et de faire le tour des infos disponibles pour vous offrir un point détaillé sur la question. Alors, le danger des e-liquides : info ? Intox ? Manipulation ? Eléments de réponse.

Analyse de l’étude, méthodes et conclusions

Il est intéressant de noter que la plupart des commentateurs et des journalistes qui ont relayé sous des titres tapageurs les « résultats » de l’étude américaine se soient manifestement contentés du résumé sans lire l’article in extenso. Toujours soucieux de vous fournir des informations vérifiées et de qualité, nous, nous l’avons fait (les plus courageux d'entre vous pourront faire de même en cliquant ICI).

Le premier problème que l’on rencontre, comme le précise Bertrand Dautzenberg au micro d’Europe 1, c’est que les marques ne sont pas citées, ce qui empêche le caractère reproductible de toute étude scientifique. Néanmoins, avec beaucoup de patience et de recherche, nous avons réussi à identifier certaines des marques sélectionnées pour l’étude :

  • HypR Tonic
  • VaporFi
  • NJoy
  • Sans doute Juice Me
  • Volcano Ecigs
  • Et… Blu, la marque de cigarettes électronique d’Imperial Tobacco !

Soit 6 marques sur les 8 étudiées. Notons donc qu’il s’agit pour la plupart de marques relativement confidentielles, en tout cas en France, et, surtout, d’une marque proposée par les géants du tabac.

Ensuite, il est également intéressant de noter que les auteurs de l’étude eux-mêmes mettent en garde sur les résultats de leur propre travail :

  • Ils précisent que la méthodologie ne permet pas d’étendre les résultats à l’ensemble des e-liquides présents sur le marché,
  • Que les quantités relevées sont largement inférieures à celles présentes dans la fumée de tabac,
  • Et enfin que la seule chose qu’ils recommandent, c’est un encadrement plus strict, une normalisation de la fabrication de e-liquides aux Etats-Unis !

En clair, loin d’être aussi alarmiste que le prétendent les médias français, l’étude vise simplement à sensibiliser les autorités sanitaires américaines pour qu’elles réagissent et encadrent la fabrication de e-liquide, pour obtenir une vape plus saine !

Le e-liquide le plus « dangereux » provient… de l’industrie du tabac !

Il est intéressant de noter trois choses, avec le professeur Dautzenberg :

  • Le diacétyle est présent dans des quantités considérables dans la fumée de cigarette de tabac : quand on fume, on inhale plus de 1 000 µg par jour de diacétyle ;
  • Pour 21 des e-liquides, le diacétyle est en quantités inférieures à celles pouvant être mesurées par le laboratoire ! Pour 27 liquides, ces quantités sont inférieures à 10 µg par réservoir.
  • Le seul liquide qui génère plus de 250 µg de diacétyle par réservoir est fabriqué… par l’industrie du tabac (Blu, en l’occurrence) !

Le traitement médiatique en France

Comme d’habitude, on observe une fâcheuse tendance au sensationnalisme chez nos journalistes : il faut bien vendre du papier (ou du clic, bien souvent). Mais ce qui est encourageant, c’est qu’on note également une augmentation des journaux qui prennent la défense de la cigarette électronique face au déferlement de désinformation crasse (l’Express, le Nouvel Obs, Paris Match, Sciences et Avenir, comme souvent, etc.) !

Néanmoins, pour le plaisir, nous avons souhaité établir un classement.

La palme de la bêtise est attribuée à France Soir avec son article en ligne truffé d’âneries dont le tiercé gagnant est :

  • C’est la bronchiolite oblitérante et non la bronchite oblitérante chronique qui est provoquée par l’inhalation répétée du diacétyle… dans des conditions industrielles ! C’est-à-dire dans des conditions qui, par ailleurs, sont très éloignées de celles de la vape… Imprécision sur les termes, désinformation. Rien de bien surprenant.
  • Barbe à papa et cupcake sont des saveurs très prisées des jeunes vapoteurs. Ah, tiens. Des chiffres ? Des preuves ? Des données factuelles ? Non, non, juste une affirmation imprécise (que signifie « jeune vapoteur » ?) visant une fois de plus à faire peur et discréditer. Car en réalité, rappelons-le,en France, les jeunes non-fumeurs ne vapent pas ! Et d’autre part, ces saveurs sont surtout très prisées de très nombreux vapoteurs adultes responsables… L'affirmation se fonde en réalité sur un propos tenu dans le résumé de l'étude américaine, car aux USA, effectivement, de nombreux jeunes non-fumeurs ont adopté la cigarette électronique (en revanche, aucune donnée factuelle pour appuyer l'affirmation selon laquelle les saveurs concernées sont celles préférées des jeunes vapoteurs dans l'étude...)
  • Les premiers cas de bronchiolite oblitérante sont apparus il y a une dizaine d’années : dommage, c’était il y a bien plus qu’une dizaine d’années et c’est en 2000, soit il y a 15 ans, que cette maladie a été reconnue d’origine professionnelle chez les ouvriers travaillant dans l’industrie du popcorn. On n’est plus à une imprécision et une absence de vérification près…

La palme de l’honnêteté intellectuelle revient quant à elle à Allo Médecins qui, d’une part, titre avec précision « Certains e-liquides contiennent des produits toxiques » et commence son article en rappelant que l’e-cigarette a été reconnue par différentes études comme largement moins nocive que le tabac.

Quant à la palme de l’engagement citoyen, elle revient étrangement à Paris Match qui, une fois de plus, prend la défense de la cigarette électronique en titrant, à contre-pied du matraquage médiatique de ces derniers jours « Vapoter reste plus sûr que fumer » ! S’appuyant sur les propos de Farsalinos, le journal rappelle que les quantités de diacétyle et des deux autres composés dangereux, relevés dans la vapeur issue des e-liquides testés restent extrêmement faibles et, de ce fait, probablement sans danger. L’étude, quand on la lit en détail, ne dit d’ailleurs pas autre chose !

En France : l’AFNOR au travail

Rappelons en outre que le diacétyle a d’ores et déjà été évacué par l’AFNOR lors de son travail de normalisation et d’encadrement de la cigarette électronique, sous la direction de Bertrand Dautzenberg. Et bonne nouvelle : tous les fabricants français de e-liquides a déjà adopté cette norme ! Ainsi, pour se prémunir complètement du diacétyle, l’idéal reste d’acheter des e-liquides made in France !

En guise de conclusion

Terminons par une citation tirée de la tribune d’un pneumologue/cancérologue, Bernard Lebeau, dans les colonnes du plus.nouvelobs :

« La vigilance s’impose mais une telle publication ne doit pas engendrer la terreur et faire retirer du marché un produit ayant pour effet positif de diminuer la consommation de tabac, ce plus grand tueur des XXe et XXIe siècles. »

Allez, bonne vape !

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